« Je ne suis pas créatif. » Cette phrase revient souvent lorsque je parle d’art-thérapie contemporaine. Et presque aussitôt, une autre arrive : « Je ne sais pas dessiner. »

Comme si les deux allaient forcément ensemble.

Mais ne pas savoir dessiner signifie-t-il vraiment manquer de créativité ?

Savoir dessiner est un savoir-faire. Cela s’apprend, se travaille et demande du temps. La créativité, elle, ne se résume pas à la maîtrise d’une technique.

Nous l’associons pourtant souvent à un talent ou à la capacité de produire quelque chose : savoir peindre, écrire, modeler, jouer d’un instrument…

Et si nous la regardions autrement ?

La créativité prend aussi appui sur notre imaginaire. Et cet imaginaire est présent dans notre quotidien, même lorsque nous n’en avons pas conscience.

Avant un rendez-vous important, par exemple, nous pouvons imaginer les questions qui nous seront posées, préparer nos réponses, réfléchir à notre tenue ou anticiper la manière dont l’échange pourrait se dérouler. Rien n’a encore eu lieu. Pourtant, dans notre tête, la scène a parfois déjà commencé.

Imaginer ne consiste donc pas seulement à inventer des histoires. C’est aussi anticiper, se projeter, faire des hypothèses ou envisager plusieurs possibilités.

La créativité intervient elle aussi dans des situations très ordinaires. Adapter une recette lorsqu’il manque un ingrédient. Inventer un jeu avec ce que l’on a sous la main. Trouver une autre manière de faire lorsqu’un imprévu survient.

Rien de spectaculaire. Et surtout, rien qui exige de savoir dessiner.

Alors pourquoi sommes-nous si nombreux à penser que nous ne sommes pas créatifs ?

Peut-être parce que nous associons rapidement la créativité au talent, à l’originalité ou à la performance. Peut-être aussi parce que nous jugeons parfois une idée avant même de lui laisser le temps d’exister.

« Ce n’est pas assez bien. » « Je vais me tromper. » « Les autres feront mieux. » « Je n’ai aucune idée. »

À force de vouloir bien faire, il devient parfois difficile d’essayer.

C’est aussi l’une des questions qui peut apparaître lorsque l’on découvre l’art-thérapie contemporaine. Faut-il arriver avec une idée ? Savoir créer ? Avoir de l’imagination ?

Aucun savoir-faire n’est nécessaire, aucun résultat n’est attendu.

Je propose un dispositif que chacun peut explorer à sa manière, sans modèle à reproduire, sans jugement ni interprétation. Il ne s’agit ni de devenir artiste ni de maîtriser une technique.

L’imaginaire et les capacités créatrices peuvent alors s’exprimer sans avoir à répondre à une attente.

Cette absence de jugement concerne aussi ma posture. La supervision me permet d’interroger régulièrement ma pratique et de travailler ma neutralité, afin d’accueillir ce qui se passe en séance sans chercher à l’interpréter.

Ce cadre n’efface pas les freins que chacun peut ressentir, mais il évite d’en ajouter d’autres.

La créativité n’est peut-être pas une qualité réservée à quelques personnes. Elle est aussi présente dans notre manière de chercher, d’adapter, d’essayer, de recommencer ou d’imaginer autrement.

Les enfants le montrent souvent très bien. Ils n’ont pas toujours besoin de savoir à l’avance ce qu’ils vont faire.

Lorsqu’un tout-petit découvre la peinture, il ne se demande pas s’il va faire quelque chose de beau. Il touche. Il étale. Il mélange. Il froisse la feuille. Il écoute le bruit qu’elle produit. Il explore.

Il ne cherche pas encore à savoir s’il fait bien.

À quel moment avons-nous cessé d’explorer pour commencer à vouloir bien faire ?

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